dimanche 26 février 2012

Taylor Kitsch

Lucidité de l'onomastique


(Taylor Kitsch est né en 1981, année faste et bénie entre toutes)

Hollywood nous avait déjà cassé les yeux et les oreilles avec Taylor Lautner, Taylor Momsen et Taylor Swift; on avait précédemment établi, dans ces pages, l'interchangeabilité de ces jeunes gens sous plastique (ou en plastique).
Lundi matin, je courais dans les couloirs du métro pour prendre mon train, lorsque mon inconscient me signala que je venais de passer devant une affiche INADMISSIBLE; mais il me semblait, dans l'image que j'en conservais une seconde plus tard, qu'elle ne pouvait pas être à ce point inadmissible; le souvenir m'en apparaissait déjà brouillé, un peu comme si j'en avais rêvé ou que j'avais été ivre. Ce qui, un lundi matin, était hors de question. Je revins donc sur mes pas.
L'affiche dépassait toutes mes espérances. C'était un diptyque pour Battleship, avec à gauche TAYLOR KITSCH et une photo de l'éphèbe en marine avec une grosse mitraillette, et à droite RIHANNA et une photo de la chanteuse en marine avec une grosse mitraillette.

("– Regarde, Rihanna, cet objet extraterrestre.
– C'est ta mitraillette, ducon")

Il faut donc désormais compter avec Taylor Kitsch, dont le nom rappelle invariablement cette publicité pour le Port-Salut. D'ailleurs, dix pas plus loin dans cette même galerie de métro, je tombais sur l'affiche du film John Carter: au premier plan un tout petit énergumène en slip tire sur une chaîne tandis que derrière lui un gorille géant et déformé aux OGM hurle avec ses poings en avant. Kitsch était l'énergumène du premier plan. Une telle constance à exemplifier son patronyme, ça force le respect.
Ici je formulerai donc deux propositions:
1) Les Taylor® sont désormais une marque déposée, une antonomase de l'être vivant inadmissible.
2) Taylor Kitsch incarne tellement bien cette quintessence de l'interchangeabilité qu'il n'existe pas. C'est une invention numérique des studios hollywoodiens.

lundi 20 février 2012

Pizza kebab

Le marketing ou la science de l’innommable

Ce blog est encore une fois l’occasion de raconter notre vie, en évoquant un exemple de ce pan entier de l’inadmissible contemporain jusqu’ici tu dans ces pages : l’inadmissible culinaire. La pizza kebab est en effet et par excellence un inadmissible culinaire : elle est beaucoup trop salée, pleine de produits pas bio et pas diététiques bla bla et il vaut mieux se faire soi-même la cuisine de tout façon et même l’emballage Auchan® en conseille une consommation « occasionnelle ». Dans les faits, la pizza kebab est une pizza avec de la sauce tomate, des morceaux d’oignons, de poivrons rouges, de viande (genre poulet, mais on ne peut pas être sûr) assaisonnés, avec en plus de la crème fraiche en quantité variable.



C’est un peu relevé, un peu écœurant, et pas mal addictif. Le développement suivant s’attachera aux interrogations existentielles soulevées par la pizza kebab (même si nous laisserons de côté la légende selon laquelle la Bête du Gévaudan était en réalité une pizza kebab enragée ou la possibilité, évoquée par des proches en 1962, que le père du général de Gaulle ait été une pizza kebab).


(Bête du Gévaudan: comme le ninja, la pizza kebab est un as de la furtivité et du déguisement.)


En plus d’être un inadmissible culinaire, la pizza kebab est un inadmissible sémantique, un innommable. Je m’explique : la pizza est un plat à elle seule, le kebab aussi – on pourra arguer que kebab désigne à l’origine la viande elle-même, et non le sandwich dans lequel on fourre ladite viande (agneau, mouton, veau, dinde) coupée en minces lamelles à partir de fines tranches qui cuisent sur une broche verticale. Le fait est cependant que lorsqu’on dit kebab on entend d’abord par métonymie le sandwich en question, et non l’un de ses ingrédients. Or si j’énumère : pizza calzone, pizza chorizo, pizza hawaïenne, pizza margherita, pizza mexicaine, pizza New York, pizza océane, pizza orientale, pizza quatre fromages, pizza reine – etc. ; ces dénominations n’entament pas la définition même du plat pizza : ils désignent ou sous-entendent un ingrédient supplémentaire apporté à la préparation de base (quatre fromages, océane : crevettes, fruits de mer), ou, par convention, une recette instituée dans le monde de la pizza (reine, calzone, margherita, etc.), à moins que ces dénominations ne renvoient, par métonymie là encore, à un ingrédient utilisé dans l’ère géographique indiquée et selon des stéréotypes bien ancrés chez les consommateurs de pizzas (orientale : merguez, olives noires, New York : viande hachée, sauce barbecue, hawaïenne : ananas).

Ainsi, si l’on considère que le terme de kebab désigne bien, dans notre ère culturelle, un sandwich kebab avant de désigner la viande qui le compose (dans le trajet inverse de l’origine du mot), alors la pizza kebab est une aberration culinaire, une sorte d’oxymore surgelée (nous n’avons pas croisé de pizza kebab au rayon produits frais des supermarchés, ce qui est bien triste), puisque les deux termes sont exclusifs l’un de l’autre : c’est une pizza ou c’est un kebab.

(Le peuple grenoblois est d’ailleurs, il faut le noter, souvent confronté à pareille déstabilisation pizzaeïesque [ce qui explique en partie sa rudesse], puisque les appellations pizza tartiflette et pizza ravioleuse lui sont familières – or on retombe sur la même absurdité : si c’est une pizza, ce n’est pas une tartiflette. On passera pudiquement sous silence toute analyse du terme de ravioleuse, qui remonte pourtant au Dauphiné du XIXe siècle où les ravioleuses fabriquaient des ravioles. La ravioleuse n’est donc pas une pizza criminelle).



Mais cessons avec Grenoble et parlons des coins reculés du XIXe arrondissement parisien. C’est dans l’un d’eux en effet que nous mangeâmes pour la première fois une pizza kebab.

Nous fûmes dépucelés par la pizza kebab Casino® ; l’aspect exotique de sa dénomination, dont nous n’avions pas encore théorisé l’absurdité, en détermina l’achat (quand je dis nous, je dis : nous qui sommes cernés par un McDonald’s et tout un tas de traiteurs d’origine étrangère dont nous usons sans modération, ce qui est mal). Nous fûmes d’accord pour dire que cette pizza kebab était bonne, quoique foncièrement lourde (la crème fraîche surgelée [sic] de la recette Casino® est au gras ce que Mariah Carey est au bling-bling). Lorsqu’un Auchan® ouvrit juste en bas de chez nous, nous découvrîmes que la marque proposait aussi une pizza kebab. Elle était meilleure, selon nos critères rudimentaires : pas de sauce lourde, une viande plus assaisonnée. Il se trouve que d’autres enseignes proposent des pizzas kebabs, comme Dia® ou Leader Price®. Dans les semaines à venir, nous établirons un tableau complet de leurs qualités respectives. Car oui, lecteur : cet article est aussi passionnant que le bilan carbone d’une vache normande.

Cependant, dans cette ébauche de comparaison, plusieurs interrogations se saisirent de nous avec la virulence d’un chasseur enfermé dans un ascenseur avec un bobo® végétarien :

Devions-nous cette découverte de la pizza kebab dans notre horizon alimentaire à notre localisation géographique – nous habitons un quartier cosmopolite, chatoyant et chaleureux –, ou à l’extension d’un concept marketing dont nous n’avions pas encore saisi l’ampleur ? Ou les deux ? Autrement dit, les gens aisés peuvent-ils trouver une pizza kebab au rayon surgelés de leur Casino rue de la Pompe, dans le XVIe arrondissement ? Puis-je en trouver au magasin de la même enseigne si je vais prendre les embruns à Carnac ? La pizza kebab existe-t-elle dans d’autres pays ou est-elle une gloire nationale comme Johnny Halliday et Stendhal (qui, s’ennuyant à Grenoble, fut à en croire nos sources l’inventeur de la pizza ravioleuse, que perfectionna Pierre Choderlos de Laclos qui se morfondait en garnison dans la même riante cité) ? Cette pizza kebab se vend-elle bien ? Est-elle consommée devant du football, le soleil couchant, en parlant de Platon ? Par des ménagères de moins de cinquante ans, des familles nombreuses, des hommes politiques, des lycéens, des Pokemons® ?


(Spécialistes du néoplatonisme dans les oeuvres de Ronsard se préparant à une table ronde sur le sujet.)


On peut se permettre d’avancer ici quelques éléments de réponse. Le kebab n’est pas seulement un sandwich ; c’est aussi devenu un concept, un produit marketing. Le chef Jean-Yves Bigot est devenu conseiller à France Kebab® ; autre chef étoilé, Philippe Geneletti a composé une recette de kebab light (nouvel oxymore ?) pour l’enseigne Our qui donne dans le kebab chic. La grande distribution surtout raffole du kebab : le site www.kebab-frites.com/ en fait la liste pour nous (ici) : des nuggets, des saucisses, des burgers, des tapas, des escalopes panées kebab (l’équipe du site a recensé, de façon non exhaustive, plus de 50 produits différents). Kebab, ce n’est plus dans ce cas le sandwich : on rencontre en effet, dans l’emploi de ce terme, la même absurdité sémantique qu’avec la pizza kebab. L’article de kebab-frites.com précise ainsi qu’il faut entendre kebab au sens de saveur kebab ; cette saveur est une création industrielle avant tout, qui varie selon les produits et ses gammes, et en appelle à un vague imaginaire stéréotypé plutôt qu’à des règles de confection : elle est à mettre sur le même plan que les saveurs mexicaine, indienne, savoyarde créées par des chimistes français fatigués, et portant occasionnellement des sombreros.

Mais qu’en est-il de la pizza kebab hors le supermarché ? C’est au site http://kebab.aleikoum.net/que nous devons la connaissance des pizzas kebabs de Domino’s Pizza® (ici) – la Kebaba – et Speed Rabbit® – la Kebab Street (et là).

Notons pour commencer qu’on gâte un peu plus le consommateur de pizzas fraiches que de pizzas surgelées : pour dix ou vingt euros de plus, on vous vend du rêve, un nom original (le surgelé restant figé dans le Pizza Kebab quelle que soit la marque). Vous n’êtes pas un pauvre, vous avez droit à une initiative marketing (dont on ne discutera pas la réussite tant elle est éclatante). C’est peut-être meilleur que la pizza kebab surgelée, nous n’en savons rien – en tout cas les testeurs de kebab.aleikoum avaient l’air contents, même si sur la Kebab Street il y a de la moutarde, et ça, les testeurs sont formels, la moutarde, c’est l’ennemie du kebab aussi bien que de la pizza.


(On avait tartiné bien trop de moutarde sur cette pizza kebab!)

Finissons avec ce rêve un peu fou : La pizza kebab, même si elle représente la grande distribution pour laquelle j’ai un amour aussi vif qu’un escargot sous Prozac®, est une invitation syncrétique à l’amour entre les peuples. La pizza en effet renvoie à la culture italienne ; le kebab à la culture arabe. La pizza kebab serait ainsi la réconciliation entre ces deux cultures, réconciliation qu’un homme comme Silvio Berlusconi s’est appliqué à détruire comme un sourd. Pourrons-nous donc, un jour, espérer voir une pizza kebab occuper le poste de Secrétaire Général de l’ONU ? Croisons les doigts.


vendredi 13 janvier 2012

Saint Sébastien

En sciences de l’inadmissible, il est beaucoup question, on l’a vu, de la manière dont l’animal résonne dans la sous-culture : animaux en résine, teintures canines et félines, trophées de chasse et chats volants numériques. Il s’agit donc dans un esprit résolument derridien de comprendre, à travers ces manifestations sans doute inconscientes du sous-moi, « l’animal donc que je suis ». Par là, peut-être faut-il hasarder une critériologie permettant de mesurer le potentiel d’inadmissibilité des animaux de la Création en fonction de la façon dont certains les compromettent. Le chat – ou felix domesticus, précise doctement Tom Hanks dans Ladykillers des frères Cohen – a la cote, c’est bien clair. Le caniche bien sûr vient à l’esprit, mais il est possible que la pauvre bête ne soit inadmissible que par ricochet, le porte étendard involontaire en somme d’une pathologie anthropomorphique qui frappe les personnes âgées et les prive de leur dignité comme elle en prive leurs animaux de compagnie… Quel besoin de chercher à enfiler un tricot à un animal à poil, qui plus est frisé ?

Bref, j’en viens à mon hypothèse, à savoir que l’animal le plus inadmissible, non seulement en soi, mais aussi dans les utilisations et les attitudes qu’il génère est le homard (homarus americanus). En soi bien sûr, la bête n’a que peu d’intérêt : menant une existence « benthique », le crustacé erre dans les fonds marins de part et d’autre de l’Atlantique, et l’on reconnaît l’espèce européenne à sa robe bleutée (homarus gammarus). En revanche sur la terre ferme, chacune de ses apparitions est marquée du sceau de l’extravagance : voyez combien il est facturé au restaurant. Mais le phénomène axiologique surprenant qui lui est manifestement attaché, le mouvement de dévaluation/réévaluation, n’est nulle part plus visible que dans la sphère de l’art contemporain. Ainsi, on le rencontre en résine apposé sur un sobre téléphone noir, ce qui a pour effet de le faire passer de l’objet le plus abject possible à un chef d’œuvre de l’art surréaliste, brillant dans son éclat vermeil de la plus délicieuse absurdité dont on puisse affubler un appareil du quotidien… en un mot du design.

Même effet pop & choc au salon de Mars du Palais de Versailles où la « transmutation de toutes les valeurs » fonctionne aussi à plein puisque l’artiste Jeff Koons – l'un des artistes vivants les plus chers du marché de l'art actuel! – réussit, au moyen d’un homard gonflable suspendu en guise de lustre, à détourner l’effet de luxe du palais : il remplace donc, à lui tout seul, le décorum coûteux correspondant au goût de Louis XIV.

Au rayon des « homards célèbres », on trouve naturellement le sacro-saint Sébastien*, sorte de Lully sous-marin au service du roi Triton dans La Petite sirène (Disney, 1989). S’il se peut que le personnage ait lancé, sur le mode du déguisement d’enfant, la tendance à l’anthropomorphisme animalier, il en est aussi vraisemblablement devenu l’icône absolue.

Ainsi, tel un Saint Sébastien médiéval, le personnage patronne ce qui est la cause même du mal. Il était autrefois d’usage d’invoquer la figure du saint pour protéger une cité de la peste, que l’on pensait symbolisée par les flèches dont le corps du martyre est criblé.

Aujourd’hui le crustacé semble patronner l’extravagance des grandes folles du large de New York, où des fêtes mettant à l’honneur trav et transformistes de tout poil finissent d’enflammer l’île de Fire Island, comme ici en 2010.

En voyant pareil accoutrement, il nous vient l’envie de nous exclamer comme Sébastien lui même (en chanson) : « Bonjour la calamité ! ».


*A l’attention de ceux qui seraient tentés de répliquer que Sébastien n’est pas un homard mais un crabe, sur la foi que le cuisinier dans La Petite sirène fait lui-même l’erreur, je réponds qu’un peu d’anatomie des créatures marines ne tue pas et que j’ai derrière moi tout un groupe facebook qui me soutient :

« Pour ceux qui pensent que Sébastien dans La Petite Sirène est un HOMARD ! »

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lundi 19 décembre 2011

Chat suffit!

Les internautes ont un vrai souci avec les chats. Quand vous n'avez pas affaire à un lolcat (doublement geek: le chat qui joue à Star Wars), vous pouvez toujours essayer le Catscan ou My Cat is a Dick. Mais pour les non-inités l'incompréhension culmine avec le Nyan Cat, "également connu sous le nom de Pop Tart Cat", nous indique Wikipédia. Il s'agit d'une tête de chat montée sur un corps en gâteau (les Pop tarts en question, dont le nom indique assez qu'au marketing de Kellogg's® on aime rigoler) traversant l'espace porté par un arc-en-ciel sur une musique de clavier électronique. À côté Planet Unicorn est a) passionnant b) straight [et ici, mon Nyan Cat préféré, façon geek au carré].

(Notons, à droite, la vidéo étendue sur 10 heures de temps
et les variations subtiles: à plusieurs chats ou au Mexique)

Il est pourtant facile de se moquer des geeks alors qu'ils veulent juste nous instruire. Puisque de toute évidence l'article Wikipédia sur les Nyan Cats est rédigé par l'un d'eux, le Nyan Cat est vendu comme un instrument ludique et scientifique. Tenons-nous bien: "Il illustre le paradoxe du chat et de la tartine de confiture". Vos vacances de Noël brillent avec un éclat tout particulier quand vous consultez la page du même Wikipédia sur le Paradoxe du Chat Beurré: la tartine tombe toujours sur le côté beurré, le chat retombe toujours sur ses pattes. Mettez une tartine beurrée tête en l'air sur le dos d'un chat et jetez-les dans le vide: le beurre et les pattes du chat tentent d'atteindre le sol en premier; du coup le paquet chat-beurre ne peut atteindre le sol et reste accroché en l'air, éventuellement en tournant selon quelle force, du beurre ou du chat, prend le dessus. Si. Il y a des gens pour penser à ça.


Précisons: la vidéo du Nyan Cat originale a été consultée, sur youtube, plus de 53 millions de fois. Heureusement le clip de Lady Gaga Bad Romance a été consulté plus de 434 millions de fois sur le même site. On notera, ci-dessous 655 visionnages seulement pour le Lady Gaga Nyan Cat: enfantement monstrueux qui aurait mieux fait de garder le placard comme Tom Cruise au pays des licornes.

mercredi 7 décembre 2011

Inadmissible, j'écris mon nom (3/4)

My name is Blond
(or a first name, or whatever)


L'inadmissible est ici, pour poursuivre sur la lancée du Taylor-isme, celui de la confusion. Pour tenter de mieux cerner cet intéressant phénomène, le chercheur qu'un powerpoint effraie (ce mot n'est même pas dans le Robert) s'est ici livré au délicat exercice du schéma, ce qui 1) lui a pris trois milliers d'années 2) l'a bien consciencieusement dégoûté des blondes. Parce que oui, lecteur: il est ici question de jeunes actrices blondes nés après 1980 que dire interchangeables consisterait à insulter, mais qui sont à même de provoquer sur la rétine et à l'oreille – on le verra – une forme de confusion dommageable pour la juste appréciation 1) de l'industrie du cinéma 2) des ragots people.
Ce qui suit est un schéma simple, parce qu'en littérature on n'a normalement pas le droit de procéder par schéma et que, depuis le lycée, l'habitude s'en est perdue (le chercheur s'encanaille comme il peut); sont indiqués en italique, sur les flèches bleu océan, les points de contact entre les blondes (le premier qui lance 'une synapse, quoi', est prié de verser une contribution au Monsieur qui fait Les Chevaliers du Zodiaque: la série abrégée pour qu'il réalise enfin l'épisode de la maison des Poissons). Lançons-nous donc, lunettes sur le nez et oreille aux aguets, dans la galaxie des blondes.




mardi 6 décembre 2011

Inadmissible, j'écris mon nom (2/4)


Le rapport parfois étrange entre chanson et Hollywood est un sujet captivant pour qui se donne la peine d’étudier l’inadmissible contemporain. C’est aussi pour le chercheur cuistre que je suis l’occasion de me livrer à une non moins inadmissible session de name-dropping, pour le plaisir de ce qu’on a coutume d’appeler après lecture des procès verbaux de Lindsay Lohan « le vertige de la liste ».

Munie d’un micro et de vêtements trop petits, la chanteuse aime la lumière des projecteurs et les partenaires sexuels potentiels qui lui sont proposés à chaque vidéo-clip, mais une question existentielle demeure pour elle, soulevée dans une chanson métadiégétique de Britney Spears : « Mais s’il ne manque rien à ma vie, comment se fait-il que je pleure la nuit ? » (Lucky, 2000). La réponse tient à un mauvais script.

Le désir profond de la chanteuse pourrait bien être celui de faire l’actrice. Mais les destins sont croisés, à la faveur d’une détermination à faire parler de soi que chanteuses et actrices américaines ont en commun. Aussi, que les chanteuses se sentent une âme d’actrice et finissent même par changer de carrière (et de couleur de cheveux, Mandy Moore), ou que des actrices poussent la chansonnette pour le petit écran (Gwyneth Paltrow dans Glee) ou pour rien (Tatyana Ali) : tout est bon pour donner de la voix.

On se gardera bien cependant de parler de rapport dialectique, et ce malgré le risque de voir le « film de chanteuse » devenir un genre à part entière, propre à constituer cet Aufhebung. Car bien sûr, il ne saurait être question ici des comédies musicales faisant confiance à des chanteuses pour tenir la note (Lauryn Hill, Sister Act 2 en 1993 ; Madonna, Evita en 1996), parce que là, c’est tricher. On tentera donc d’établir une typologie des participations des chanteuses à un projet strictement cinématographique (lol) selon l’importance – parfois le poids – de leur importance au montage.

a) Premier rôle :

Oui, nombreuses sont celles qui, inspirées par l’exemple illustre de Whitney Houston (jeune) ont tenté de s’en sortir aussi bien qu’elle dans une fiction. Par ordre de dignité : Aaliyah en vampire égyptienne (La reine des damnés, 2002), Beyoncé en Diana Ross (Dreamgirls, 2006), Britney Spears en jeune première, alors qu’on l’attendait davantage dans une adaptation de La Cantatrice chauve (Crossroads, 2002), Mariah Carey en elle-même (Glitter, 2001), Christina Aguilera enfin, qui dans Burlesque (2010) prend très très Cher…

b) Vrai (second) rôle :

Rappel d’études cinématographiques US : un second rôle est un premier rôle mais de second plan, réservé dans l’industrie du film aux interprètes afro-américains. Ceci posé, on peut relever la performance réalisée par ces tragédiennes en herbe, luttant pour que soit enfin reconnu leur talent. Ainsi Christina Milian tient-elle un vrai rôle d’hypocrite, interprétant sobrement dans Be Cool (2005) le titre « I’m a beliver (je suis croyante) » alors que 2 ans plus tôt elle se roulait à moitié nue dans le goudron (Dip it low). Vrai rôle de fausse moche pour Janet Jackson dans la suite d’un film qui n’en méritait pas (La famille Foldingue, 2000) ; d’emmerdeuse qui meurt de bon sens pour Brandy (Souviens-toi l’été dernier 2, 1998) ; et enfin de fille dont le protagoniste pourrait bien retomber amoureux (Samanta Mumba, The Time-Machine, 2002)… J’en oublie peut-être mais mon goût de l’exhaustivité ne m’a quand même pas poussé à voir le film de l’ex Destiny’s Child Kelly Rowland (The Seat Filler, 2004), de Jessica Simpson (Shérif fais-moi peur, 2005), de Norah Jones (My Blueberry Nights, 2007), ni même de Jessica Mauboy (Bran Nue Dae, 2009), australien il est vrai.

c) Featuring (oui, comme dans un tube de R’n’B) :

La terminologie changeant d’un domaine d’étude à l’autre, il n’est pas courant au cinéma de parler de featuring (apparition), réservé à la musique où le terme désigne la participation ponctuelle d’un interprète sur le titre d’un autre mais n’allant pas jusqu’au duo. À l’écran, on parle en général de « silhouette » ou de « potiche ». Néanmoins dans le cas de chanteuses se compromettant dans des films mais pas par leur jeu, on est bien en droit d’utiliser le terme, gageant qu’en matière d’inadmissible, l’essentiel c’est de participer. Cédant donc au principe de la gratuité pure, on voit apparaître Pink dans Charlie’s Angels Full Throttle (2003) ; Avril Lavigne dans Canadian Pie (2004) ; mais sans nous substituer à nos estimés collègues des « Razzie Awards », on peut quand même attribuer la récompense de la performance la plus vaine à Joss Stone, pour son apparition quasi-ectoplasmique dans Eragon (2006), abattant par KO la potichitude de Gwen Stefani, mal aperçue en Jean Harlow dans Aviator (2004).

d) Blondes à voix :

Restent les pauvres hères qui tentent tout pour être vues et immédiatement moquées, mais pour lesquelles une qualité particulière transcende les interprétations dramatiques comme musicales jusqu’à passer pour leur entéléchie : la vulgarité. On pense immédiatement à Paris Hilton, que rien n’arrête. Mais alors qu’un blog entier devrait se consacrer à son inadmissibilité (je ne parle pas de celui de son jumeau maléfique, Perez Hilton, déjà existant), contentons-nous de rappeler que non contente d’avoir ravi des millions de non-fans en consentant à mourir dans La Maison de cire (2005), elle a également attiré l’attention de la communauté scientifique par une fracassante vérité immuable de l’univers, et en chanson : « Stars are blind », que ne fût-elle pas stellaire à son tour. Enfin, pour finir pêle-mêle sur ce glorieux phénomène culturel qu’est le poly-carriérisme de la femme anglo-saxonne, celle qui sait tout faire : Scarlett Johansson ; celle qui ne sait rien faire : Lindsay Lohan ; et celle dont on ne sait que faire : Jennifer Lopez.

dimanche 4 décembre 2011

PIMP YOUR PET

Dès le Moyen-Âge, époque où la pensée ne s’effectue qu’en termes de grandes dichotomies, les marges des bréviaires et livres d’heures sont truffées de représentations d’animaux anthropomorphisés où généralement les rôles entre humains et animaux sont inversés afin de railler la bêtise humaine (ou l’humanité bête). À la fin du 16e siècle, des gravures composées de grilles offrant plusieurs scènes indépendantes d’inversion, et presque toujours intitulées « le monde à l’envers », témoignent de la volonté de subversion de l’ordre existant. – Que ce soit entre règne animal et humain, où les proies se vengent de leurs prédateurs : les souris chassent les chats, les moutons tuent les loups ou tondent les têtes humaines, les cochons pendent les humains par les pieds pour en faire de la charcuterie, les oiseaux gardent les humains en cage, et même les arbres prennent leur revanche en sciant des hommes pour en faire des planches. – Ou qu’il s’agisse d’une inversion même des rôles entre homme et femme puisqu’il n’est pas rare de trouver des gravures représentant une femme battant son mari. Il s’agissait d’une parodie très répandue de la prise de pouvoir par les femmes, idée considérée comme absurde par le clergé masculin et donc abondamment représentée dans les bas-reliefs de miséricordes afin de décourager les plus féministes.

Au 20e siècle, on observe la réactivation de ces inversions des mondes dans la littérature (Georges Orwell, La Ferme des animaux, 1945 ou Pierre Boulle, La Planète des singes, 1963), puis dans le cinéma. Rappelons-nous notamment de cette célèbre scène des Monty Python dans Sacré Graal (1975) où un adorable petit lapin blanc s’avère être un tueur impitoyable qui l’emporte sur les chevaliers du Roi Arthur dans une orgie sanglante. Mais revenons à nos moutons.

Dans la vie réelle, c’est dès la Renaissance qu’on trouve des exemples d’animaux (chiens, singes) vêtus d’habits cousus sur mesure, faisant d’eux des petits humains facétieux destinés à distraire leurs maîtres. Cette pratique a perduré au fil des siècles, menant à des développements aussi ingénieux que fantasques. Les animaux de compagnie, principalement les chiens et les chats, se voient dorénavant affublés de toutes sortes de vêtements : qu’ils soient d’ordre pratique (contre les intempéries) ou purement inutiles afin de les rendre ridicules (et donc de permettre à leurs gentils maîtres de se payer une bonne tranche de rire) ou de les faire ressembler à des petits enfants (et donc de combler un vide affectif ou un besoin d’enfant insatisfait).

Mais au 21e siècle, une tendance proprement déviante et inadmissible voit le jour et nous interpelle sur l’efficacité du rôle de Brigitte Bardot (Brigitte, arrête d’inciter à la haine raciale et occupe-toi donc des bêtes). En effet, lassés de devoir coudre petits manteaux, bonnets et autres accessoires que leurs amis canins et félins détruisaient en signe de rébellion contre cette domination de l’homme sur l’animal, certains homines sapientes ont trouvé la solution en choisissant de les transformer en intervenant directement sur le pelage de l’animal, évitant ainsi le saccage de dures heures de labeur. Ainsi donc était né le mouvement « Pimp Your Pet », possédant déjà une certaine popularité en Chine et aux États-Unis où des présentations publiques et des concours sont organisés.

On observe au moins 3 tendances dans ce mouvement :

a) vous avez toujours rêvé d’avoir un animal sauvage mais la loi vous l’interdit ? Pas de problème, il vous suffit de prendre votre animal de compagnie, de la teinture, une photo de l’animal tant désiré et avec un peu de patience et une extrême application le tour est joué. Vous pouvez vous faire aider par un tiers, de préférence quelqu’un-e possédant une formation coloriste. Votre chowchow peut ainsi devenir un panda et votre golden retriever un tigre du Bengale sans avoir les inconvénients de devoir vous fournir en bambous pour son déjeuner ou de craindre une morsure mortelle.

b) votre animal est un con, il vous en fait voir de toutes les couleurs, et vous voulez vous venger ? Pas de problème, là aussi il vous suffit de prendre votre animal de compagnie, de la teinture, une idée diabolique ou saugrenue et avec un peu de patience et une extrême application le tour est joué. Vous pouvez par exemple peindre votre chat du magnifique motif écossais rappelant celui de votre canapé pour que, grâce à l’effet camouflage, on s’asseye de tout son poids sur l’animal tranquillement en train de pioncer (Ah pardon Félix, j’t’avais pas vu, m’en veux pas surtout hein). Vous pouvez également en faire la risée du voisinage en peignant par exemple son arrière-train de façon humoristique : il se prendra ainsi quelques bonnes tannées par les mâles dominants (Je te l’avais bien dit de ne pas aller traîner n’importe où, c’est bien fait).

c) vous vous êtes toujours senti une âme d’artiste mais vous êtes nul en dessin ? Pas de problème, votre animal de compagnie, grâce à sa forme volumétrique vous aidera à réaliser vos idées les plus folles. Armez-vous de ciseaux, tondeuses, teintures et autres accessoires et laissez libre court à votre créativité. Dans un souci d’art total, vous pouvez vous aussi vous déguiser selon le thème choisi. Vous pouvez par exemple rendre hommage à de grands films comme Pirate des Caraïbes ou Lawrence d’Arabie, donner vie à votre tortue ninja préférée ou, en restant dans le registre de la fiction, évoquer la conquête spatiale. Vous trouverez plus d'idées créatives ici.

Défenseuse invétérée du mouton et du vison, Brigitte donc, on se demande vraiment à quoi tu sers et nous proposons la création d’un comité pour la dignité des animaux où ceux-ci, dans un souci de rétablissement de la morale et de l’éthique bafoués, se verraient le droit de poursuivre leurs maîtres abusifs. Une seule sentence : œil pour œil, croc pour dent.