jeudi 26 avril 2012

Batman y a


     Si vous pensez que Batman est
     Une ville, allez en 1.
     Un super héros, allez en 2.
     Une marque de bonbons, allez en 3.

1.
      
     Batman est une ville du sud-est de la Turquie réputée pour son gisement d'hydrocarbures (4,2 Mt).




     Si vous l’aviez su avant, vous n’auriez pas cru pendant toute votre adolescence que le fast-food Bat’man Kebab à Grenoble avait une spécialité à la viande de chauve-souris.




     Mais la confusion est légitime avec le super héros. D’ailleurs si vous étiez maire de Batman, qu’auriez-vous fait ?
     Vous auriez assigné Christopher Nolan en justice pour avoir réalisé The Dark Knight et volé le nom de votre ville sans votre accord, allez en 4.
     Vous auriez créé un quartier du nom de Gotham, allez en 5.
     Vous auriez dragué Catwoman, allez en 6.
     Vous auriez une Batmobile de service, allez en 9.


2.

     Allez en 12.

3.

     Les bonbons Batna® ont pour porte-parole un léopard.




     On imagine déjà les dessous de Catwoman.
     Si vous pensez que Batna est aussi
     Une ville, allez en 7.
     Un sigle renvoyant à la théorie de la négociation, allez en 8.

4.

Bravo, vous pourriez être maire de Batman dans la vraie vie. Il paraît en effet que le maire de Batman, au moment de la sortie dudit film, a menacé le réalisateur de poursuites, qui n’ont évidemment pas abouti. On ne sait si c’est pour gagner un peu d’argent – Batman, contrairement à l’autre, ne roulerait pas sur l’or – ou pour créer une polémique attirant le touriste.




     « – J’ai visité Batman. – Oh, ça va, Catwoman, Kim Basinger aussi. »
     Classe. Allez en 6.

5.

Je ne vous félicite pas : vous venez de vous attirer deux procès, de la part du maire de Gotham, Dorset, Angleterre, et de celui de Gotham, Wisconsin, États-Unis. Vos concitoyens vous coupent en morceaux et les emballent dans un paquet de Batna®. Allez en 3.

6.

Cette femme est tellement dangereuse qu’elle vous tue dans l’instant.




Essayez plutôt Robin en allant en 10.

7.

Batna est une ville du nord-est de l’Algérie, située dans les Aurès. Vous saurez d’ailleurs que le Nightrunner est un super héros créé par les Américains Hine et Higgins pour DC Comics, au début des années 2010. De son vrai nom Bilal Asselah, le Nightrunner, yamakasi sur les bords, français d’origine algérienne, a été recruté par Batman pour faire régner la justice à Clichy-sous-Bois, Seine-Saint-Denis, France.





Ça vous en bouche un coin. Après ça, toute révélation est vaine et n’atteindra jamais le sublime de celle-ci. Par conséquent, allez en 12.

8.

Vous ne croyez pas qu’on va parler d’un truc aussi chiant que la négociation, non plus ?




Revenez à 1. ou choisissez une entrée au hasard. Sinon, allez à 12.

9.

Heureusement que vous conduisez votre Batmobile dans votre costume de Batman à Batman. Parce qu’à Vichy, France, vous auriez eu une amende pour port de la burqa au volant.




     Allez en 11.

10.

     En tant que maire de Batman, il serait fort mal vu que vous affichiez votre liaison avec Robin. En revanche, en tant que citoyen de Gotham City, vous militez pour le mariage gay.

 

     Et sachez que ces rumeurs mettant en scène Robin et Superboy sont fausses. Allez en 12.

11.

     Votre procès contre Christopher Nolan n’ayant pas rapporté un kopeck, vous n’avez plus de quoi entretenir votre Batmobile qui rouille dans la rue.




     Il va falloir aller négocier une nouvelle voiture. Allez en 8.

12.


jeudi 5 avril 2012

Inadmissible (et) campagne présidentielle

L'inadmissible: c'est pas moi, c'est l'autre


L’inadmissible, c’est l’autre (parti). – Au sujet d’une éventuelle alliance des conservateurs européens contre François Hollande, Eva Joly a déclaré le 5 mars 2012 en conférence de presse : « Les conservateurs se liguent pour que le système libéral non régulé continue à fonctionner en Europe, c’est complètement inadmissible ».

Le 1er mars 2012, Nicolas Sarkozy en visite à Bayonne est hué par des indépendantistes et des militants ; il doit se réfugier dans un café. Le Président reproche au candidat François Hollande d’avoir « échauffé les esprits de la base » en disant que s’il était élu, les hauts fonctionnaires représentant le système UMP laisseront leur place à d’autres : Hollande a « annonc[é] l’épuration », dit le Président Sarkozy. Le lendemain, Bernard Cazeneuve, l’un des porte-paroles de M. Hollande, juge au micro de France Inter que le terme d’épuration employé par le Président « est inadmissible ». Dans le même temps l’UMP accuse les socialistes d’être responsables des incidents de Bayonne : le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, dénonce ainsi des « violences inadmissibles ».

L’inadmissible, c’est mal. – Le 28 février 2012, Arnaud Montebourg et sa compagne Audrey Pulvar sont agressés dans une rue parisienne. Le lendemain, François Hollande juge au micro de RTL qu’« il est inadmissible d’attaquer une personne pour ses idées et en plus de le faire lâchement avec des cris, des insultes, des jets de verres et en plus avec des propos limite antisémites ou racistes ».

– Au sujet des passagers du TGV Nice-Paris restés bloqués plusieurs heures dans un tunnel lors la nuit du 3 au 4 avril 2012, le ministre des Transports, Thierry Mariani, a jugé au micro de RTL le 4 avril que « ce qui s’est passé cette nuit est totalement inadmissible ».

L’inadmissible, c’est l’Autre. – Le 12 février 2012 sur Canal +, Marine Le Pen parle des huit restaurants Quick qui ne proposent que des hamburgers halal et dit : « ceux qui ne veulent pas manger halal n’auront même pas le choix. Je trouve cela inadmissible ». Lors de sa convention présidentielle le 18 février à Lille, Marine Le Pen assure que toute la viande vendue en Île-de-France est halal et dit : « Le fait que tout le monde soit obligé de se soumettre à une exigence alimentaire issue d’une religion, dont je persiste à dire qu’elle reste tout de même nouvelle [sic], est quelque chose qui est profondément inadmissible et scandaleux ».

– Revenant sur le coup de filet de la police dans le milieu islamiste, Louis Aliot, vice-président du Front national et compagnon de Marine Le Pen, a jugé sur BFMTV le 3 avril 2012 : « Non seulement on est obligés de recevoir toute la misère du monde, mais en plus, si je puis dire, on se tape la racaille de tous les autres pays. C’est inadmissible ».

L’inadmissible, c’est toi. – Et pas qu’une fois.

dimanche 26 février 2012

Taylor Kitsch

Lucidité de l'onomastique


(Taylor Kitsch est né en 1981, année faste et bénie entre toutes)

Hollywood nous avait déjà cassé les yeux et les oreilles avec Taylor Lautner, Taylor Momsen et Taylor Swift; on avait précédemment établi, dans ces pages, l'interchangeabilité de ces jeunes gens sous plastique (ou en plastique).
Lundi matin, je courais dans les couloirs du métro pour prendre mon train, lorsque mon inconscient me signala que je venais de passer devant une affiche INADMISSIBLE; mais il me semblait, dans l'image que j'en conservais une seconde plus tard, qu'elle ne pouvait pas être à ce point inadmissible; le souvenir m'en apparaissait déjà brouillé, un peu comme si j'en avais rêvé ou que j'avais été ivre. Ce qui, un lundi matin, était hors de question. Je revins donc sur mes pas.
L'affiche dépassait toutes mes espérances. C'était un diptyque pour Battleship, avec à gauche TAYLOR KITSCH et une photo de l'éphèbe en marine avec une grosse mitraillette, et à droite RIHANNA et une photo de la chanteuse en marine avec une grosse mitraillette.

("– Regarde, Rihanna, cet objet extraterrestre.
– C'est ta mitraillette, ducon")

Il faut donc désormais compter avec Taylor Kitsch, dont le nom rappelle invariablement cette publicité pour le Port-Salut. D'ailleurs, dix pas plus loin dans cette même galerie de métro, je tombais sur l'affiche du film John Carter: au premier plan un tout petit énergumène en slip tire sur une chaîne tandis que derrière lui un gorille géant et déformé aux OGM hurle avec ses poings en avant. Kitsch était l'énergumène du premier plan. Une telle constance à exemplifier son patronyme, ça force le respect.
Ici je formulerai donc deux propositions:
1) Les Taylor® sont désormais une marque déposée, une antonomase de l'être vivant inadmissible.
2) Taylor Kitsch incarne tellement bien cette quintessence de l'interchangeabilité qu'il n'existe pas. C'est une invention numérique des studios hollywoodiens.

lundi 20 février 2012

Pizza kebab

Le marketing ou la science de l’innommable

Ce blog est encore une fois l’occasion de raconter notre vie, en évoquant un exemple de ce pan entier de l’inadmissible contemporain jusqu’ici tu dans ces pages : l’inadmissible culinaire. La pizza kebab est en effet et par excellence un inadmissible culinaire : elle est beaucoup trop salée, pleine de produits pas bio et pas diététiques bla bla et il vaut mieux se faire soi-même la cuisine de tout façon et même l’emballage Auchan® en conseille une consommation « occasionnelle ». Dans les faits, la pizza kebab est une pizza avec de la sauce tomate, des morceaux d’oignons, de poivrons rouges, de viande (genre poulet, mais on ne peut pas être sûr) assaisonnés, avec en plus de la crème fraiche en quantité variable.



C’est un peu relevé, un peu écœurant, et pas mal addictif. Le développement suivant s’attachera aux interrogations existentielles soulevées par la pizza kebab (même si nous laisserons de côté la légende selon laquelle la Bête du Gévaudan était en réalité une pizza kebab enragée ou la possibilité, évoquée par des proches en 1962, que le père du général de Gaulle ait été une pizza kebab).


(Bête du Gévaudan: comme le ninja, la pizza kebab est un as de la furtivité et du déguisement.)


En plus d’être un inadmissible culinaire, la pizza kebab est un inadmissible sémantique, un innommable. Je m’explique : la pizza est un plat à elle seule, le kebab aussi – on pourra arguer que kebab désigne à l’origine la viande elle-même, et non le sandwich dans lequel on fourre ladite viande (agneau, mouton, veau, dinde) coupée en minces lamelles à partir de fines tranches qui cuisent sur une broche verticale. Le fait est cependant que lorsqu’on dit kebab on entend d’abord par métonymie le sandwich en question, et non l’un de ses ingrédients. Or si j’énumère : pizza calzone, pizza chorizo, pizza hawaïenne, pizza margherita, pizza mexicaine, pizza New York, pizza océane, pizza orientale, pizza quatre fromages, pizza reine – etc. ; ces dénominations n’entament pas la définition même du plat pizza : ils désignent ou sous-entendent un ingrédient supplémentaire apporté à la préparation de base (quatre fromages, océane : crevettes, fruits de mer), ou, par convention, une recette instituée dans le monde de la pizza (reine, calzone, margherita, etc.), à moins que ces dénominations ne renvoient, par métonymie là encore, à un ingrédient utilisé dans l’ère géographique indiquée et selon des stéréotypes bien ancrés chez les consommateurs de pizzas (orientale : merguez, olives noires, New York : viande hachée, sauce barbecue, hawaïenne : ananas).

Ainsi, si l’on considère que le terme de kebab désigne bien, dans notre ère culturelle, un sandwich kebab avant de désigner la viande qui le compose (dans le trajet inverse de l’origine du mot), alors la pizza kebab est une aberration culinaire, une sorte d’oxymore surgelée (nous n’avons pas croisé de pizza kebab au rayon produits frais des supermarchés, ce qui est bien triste), puisque les deux termes sont exclusifs l’un de l’autre : c’est une pizza ou c’est un kebab.

(Le peuple grenoblois est d’ailleurs, il faut le noter, souvent confronté à pareille déstabilisation pizzaeïesque [ce qui explique en partie sa rudesse], puisque les appellations pizza tartiflette et pizza ravioleuse lui sont familières – or on retombe sur la même absurdité : si c’est une pizza, ce n’est pas une tartiflette. On passera pudiquement sous silence toute analyse du terme de ravioleuse, qui remonte pourtant au Dauphiné du XIXe siècle où les ravioleuses fabriquaient des ravioles. La ravioleuse n’est donc pas une pizza criminelle).



Mais cessons avec Grenoble et parlons des coins reculés du XIXe arrondissement parisien. C’est dans l’un d’eux en effet que nous mangeâmes pour la première fois une pizza kebab.

Nous fûmes dépucelés par la pizza kebab Casino® ; l’aspect exotique de sa dénomination, dont nous n’avions pas encore théorisé l’absurdité, en détermina l’achat (quand je dis nous, je dis : nous qui sommes cernés par un McDonald’s et tout un tas de traiteurs d’origine étrangère dont nous usons sans modération, ce qui est mal). Nous fûmes d’accord pour dire que cette pizza kebab était bonne, quoique foncièrement lourde (la crème fraîche surgelée [sic] de la recette Casino® est au gras ce que Mariah Carey est au bling-bling). Lorsqu’un Auchan® ouvrit juste en bas de chez nous, nous découvrîmes que la marque proposait aussi une pizza kebab. Elle était meilleure, selon nos critères rudimentaires : pas de sauce lourde, une viande plus assaisonnée. Il se trouve que d’autres enseignes proposent des pizzas kebabs, comme Dia® ou Leader Price®. Dans les semaines à venir, nous établirons un tableau complet de leurs qualités respectives. Car oui, lecteur : cet article est aussi passionnant que le bilan carbone d’une vache normande.

Cependant, dans cette ébauche de comparaison, plusieurs interrogations se saisirent de nous avec la virulence d’un chasseur enfermé dans un ascenseur avec un bobo® végétarien :

Devions-nous cette découverte de la pizza kebab dans notre horizon alimentaire à notre localisation géographique – nous habitons un quartier cosmopolite, chatoyant et chaleureux –, ou à l’extension d’un concept marketing dont nous n’avions pas encore saisi l’ampleur ? Ou les deux ? Autrement dit, les gens aisés peuvent-ils trouver une pizza kebab au rayon surgelés de leur Casino rue de la Pompe, dans le XVIe arrondissement ? Puis-je en trouver au magasin de la même enseigne si je vais prendre les embruns à Carnac ? La pizza kebab existe-t-elle dans d’autres pays ou est-elle une gloire nationale comme Johnny Halliday et Stendhal (qui, s’ennuyant à Grenoble, fut à en croire nos sources l’inventeur de la pizza ravioleuse, que perfectionna Pierre Choderlos de Laclos qui se morfondait en garnison dans la même riante cité) ? Cette pizza kebab se vend-elle bien ? Est-elle consommée devant du football, le soleil couchant, en parlant de Platon ? Par des ménagères de moins de cinquante ans, des familles nombreuses, des hommes politiques, des lycéens, des Pokemons® ?


(Spécialistes du néoplatonisme dans les oeuvres de Ronsard se préparant à une table ronde sur le sujet.)


On peut se permettre d’avancer ici quelques éléments de réponse. Le kebab n’est pas seulement un sandwich ; c’est aussi devenu un concept, un produit marketing. Le chef Jean-Yves Bigot est devenu conseiller à France Kebab® ; autre chef étoilé, Philippe Geneletti a composé une recette de kebab light (nouvel oxymore ?) pour l’enseigne Our qui donne dans le kebab chic. La grande distribution surtout raffole du kebab : le site www.kebab-frites.com/ en fait la liste pour nous (ici) : des nuggets, des saucisses, des burgers, des tapas, des escalopes panées kebab (l’équipe du site a recensé, de façon non exhaustive, plus de 50 produits différents). Kebab, ce n’est plus dans ce cas le sandwich : on rencontre en effet, dans l’emploi de ce terme, la même absurdité sémantique qu’avec la pizza kebab. L’article de kebab-frites.com précise ainsi qu’il faut entendre kebab au sens de saveur kebab ; cette saveur est une création industrielle avant tout, qui varie selon les produits et ses gammes, et en appelle à un vague imaginaire stéréotypé plutôt qu’à des règles de confection : elle est à mettre sur le même plan que les saveurs mexicaine, indienne, savoyarde créées par des chimistes français fatigués, et portant occasionnellement des sombreros.

Mais qu’en est-il de la pizza kebab hors le supermarché ? C’est au site http://kebab.aleikoum.net/que nous devons la connaissance des pizzas kebabs de Domino’s Pizza® (ici) – la Kebaba – et Speed Rabbit® – la Kebab Street (et là).

Notons pour commencer qu’on gâte un peu plus le consommateur de pizzas fraiches que de pizzas surgelées : pour dix ou vingt euros de plus, on vous vend du rêve, un nom original (le surgelé restant figé dans le Pizza Kebab quelle que soit la marque). Vous n’êtes pas un pauvre, vous avez droit à une initiative marketing (dont on ne discutera pas la réussite tant elle est éclatante). C’est peut-être meilleur que la pizza kebab surgelée, nous n’en savons rien – en tout cas les testeurs de kebab.aleikoum avaient l’air contents, même si sur la Kebab Street il y a de la moutarde, et ça, les testeurs sont formels, la moutarde, c’est l’ennemie du kebab aussi bien que de la pizza.


(On avait tartiné bien trop de moutarde sur cette pizza kebab!)

Finissons avec ce rêve un peu fou : La pizza kebab, même si elle représente la grande distribution pour laquelle j’ai un amour aussi vif qu’un escargot sous Prozac®, est une invitation syncrétique à l’amour entre les peuples. La pizza en effet renvoie à la culture italienne ; le kebab à la culture arabe. La pizza kebab serait ainsi la réconciliation entre ces deux cultures, réconciliation qu’un homme comme Silvio Berlusconi s’est appliqué à détruire comme un sourd. Pourrons-nous donc, un jour, espérer voir une pizza kebab occuper le poste de Secrétaire Général de l’ONU ? Croisons les doigts.


vendredi 13 janvier 2012

Saint Sébastien

En sciences de l’inadmissible, il est beaucoup question, on l’a vu, de la manière dont l’animal résonne dans la sous-culture : animaux en résine, teintures canines et félines, trophées de chasse et chats volants numériques. Il s’agit donc dans un esprit résolument derridien de comprendre, à travers ces manifestations sans doute inconscientes du sous-moi, « l’animal donc que je suis ». Par là, peut-être faut-il hasarder une critériologie permettant de mesurer le potentiel d’inadmissibilité des animaux de la Création en fonction de la façon dont certains les compromettent. Le chat – ou felix domesticus, précise doctement Tom Hanks dans Ladykillers des frères Cohen – a la cote, c’est bien clair. Le caniche bien sûr vient à l’esprit, mais il est possible que la pauvre bête ne soit inadmissible que par ricochet, le porte étendard involontaire en somme d’une pathologie anthropomorphique qui frappe les personnes âgées et les prive de leur dignité comme elle en prive leurs animaux de compagnie… Quel besoin de chercher à enfiler un tricot à un animal à poil, qui plus est frisé ?

Bref, j’en viens à mon hypothèse, à savoir que l’animal le plus inadmissible, non seulement en soi, mais aussi dans les utilisations et les attitudes qu’il génère est le homard (homarus americanus). En soi bien sûr, la bête n’a que peu d’intérêt : menant une existence « benthique », le crustacé erre dans les fonds marins de part et d’autre de l’Atlantique, et l’on reconnaît l’espèce européenne à sa robe bleutée (homarus gammarus). En revanche sur la terre ferme, chacune de ses apparitions est marquée du sceau de l’extravagance : voyez combien il est facturé au restaurant. Mais le phénomène axiologique surprenant qui lui est manifestement attaché, le mouvement de dévaluation/réévaluation, n’est nulle part plus visible que dans la sphère de l’art contemporain. Ainsi, on le rencontre en résine apposé sur un sobre téléphone noir, ce qui a pour effet de le faire passer de l’objet le plus abject possible à un chef d’œuvre de l’art surréaliste, brillant dans son éclat vermeil de la plus délicieuse absurdité dont on puisse affubler un appareil du quotidien… en un mot du design.

Même effet pop & choc au salon de Mars du Palais de Versailles où la « transmutation de toutes les valeurs » fonctionne aussi à plein puisque l’artiste Jeff Koons – l'un des artistes vivants les plus chers du marché de l'art actuel! – réussit, au moyen d’un homard gonflable suspendu en guise de lustre, à détourner l’effet de luxe du palais : il remplace donc, à lui tout seul, le décorum coûteux correspondant au goût de Louis XIV.

Au rayon des « homards célèbres », on trouve naturellement le sacro-saint Sébastien*, sorte de Lully sous-marin au service du roi Triton dans La Petite sirène (Disney, 1989). S’il se peut que le personnage ait lancé, sur le mode du déguisement d’enfant, la tendance à l’anthropomorphisme animalier, il en est aussi vraisemblablement devenu l’icône absolue.

Ainsi, tel un Saint Sébastien médiéval, le personnage patronne ce qui est la cause même du mal. Il était autrefois d’usage d’invoquer la figure du saint pour protéger une cité de la peste, que l’on pensait symbolisée par les flèches dont le corps du martyre est criblé.

Aujourd’hui le crustacé semble patronner l’extravagance des grandes folles du large de New York, où des fêtes mettant à l’honneur trav et transformistes de tout poil finissent d’enflammer l’île de Fire Island, comme ici en 2010.

En voyant pareil accoutrement, il nous vient l’envie de nous exclamer comme Sébastien lui même (en chanson) : « Bonjour la calamité ! ».


*A l’attention de ceux qui seraient tentés de répliquer que Sébastien n’est pas un homard mais un crabe, sur la foi que le cuisinier dans La Petite sirène fait lui-même l’erreur, je réponds qu’un peu d’anatomie des créatures marines ne tue pas et que j’ai derrière moi tout un groupe facebook qui me soutient :

« Pour ceux qui pensent que Sébastien dans La Petite Sirène est un HOMARD ! »

Rejoignez-nous !

lundi 19 décembre 2011

Chat suffit!

Les internautes ont un vrai souci avec les chats. Quand vous n'avez pas affaire à un lolcat (doublement geek: le chat qui joue à Star Wars), vous pouvez toujours essayer le Catscan ou My Cat is a Dick. Mais pour les non-inités l'incompréhension culmine avec le Nyan Cat, "également connu sous le nom de Pop Tart Cat", nous indique Wikipédia. Il s'agit d'une tête de chat montée sur un corps en gâteau (les Pop tarts en question, dont le nom indique assez qu'au marketing de Kellogg's® on aime rigoler) traversant l'espace porté par un arc-en-ciel sur une musique de clavier électronique. À côté Planet Unicorn est a) passionnant b) straight [et ici, mon Nyan Cat préféré, façon geek au carré].

(Notons, à droite, la vidéo étendue sur 10 heures de temps
et les variations subtiles: à plusieurs chats ou au Mexique)

Il est pourtant facile de se moquer des geeks alors qu'ils veulent juste nous instruire. Puisque de toute évidence l'article Wikipédia sur les Nyan Cats est rédigé par l'un d'eux, le Nyan Cat est vendu comme un instrument ludique et scientifique. Tenons-nous bien: "Il illustre le paradoxe du chat et de la tartine de confiture". Vos vacances de Noël brillent avec un éclat tout particulier quand vous consultez la page du même Wikipédia sur le Paradoxe du Chat Beurré: la tartine tombe toujours sur le côté beurré, le chat retombe toujours sur ses pattes. Mettez une tartine beurrée tête en l'air sur le dos d'un chat et jetez-les dans le vide: le beurre et les pattes du chat tentent d'atteindre le sol en premier; du coup le paquet chat-beurre ne peut atteindre le sol et reste accroché en l'air, éventuellement en tournant selon quelle force, du beurre ou du chat, prend le dessus. Si. Il y a des gens pour penser à ça.


Précisons: la vidéo du Nyan Cat originale a été consultée, sur youtube, plus de 53 millions de fois. Heureusement le clip de Lady Gaga Bad Romance a été consulté plus de 434 millions de fois sur le même site. On notera, ci-dessous 655 visionnages seulement pour le Lady Gaga Nyan Cat: enfantement monstrueux qui aurait mieux fait de garder le placard comme Tom Cruise au pays des licornes.

mercredi 7 décembre 2011

Inadmissible, j'écris mon nom (3/4)

My name is Blond
(or a first name, or whatever)


L'inadmissible est ici, pour poursuivre sur la lancée du Taylor-isme, celui de la confusion. Pour tenter de mieux cerner cet intéressant phénomène, le chercheur qu'un powerpoint effraie (ce mot n'est même pas dans le Robert) s'est ici livré au délicat exercice du schéma, ce qui 1) lui a pris trois milliers d'années 2) l'a bien consciencieusement dégoûté des blondes. Parce que oui, lecteur: il est ici question de jeunes actrices blondes nés après 1980 que dire interchangeables consisterait à insulter, mais qui sont à même de provoquer sur la rétine et à l'oreille – on le verra – une forme de confusion dommageable pour la juste appréciation 1) de l'industrie du cinéma 2) des ragots people.
Ce qui suit est un schéma simple, parce qu'en littérature on n'a normalement pas le droit de procéder par schéma et que, depuis le lycée, l'habitude s'en est perdue (le chercheur s'encanaille comme il peut); sont indiqués en italique, sur les flèches bleu océan, les points de contact entre les blondes (le premier qui lance 'une synapse, quoi', est prié de verser une contribution au Monsieur qui fait Les Chevaliers du Zodiaque: la série abrégée pour qu'il réalise enfin l'épisode de la maison des Poissons). Lançons-nous donc, lunettes sur le nez et oreille aux aguets, dans la galaxie des blondes.